Le blog de Sylvain Attal/ "La vie n'imite pas l'Art, elle imite la mauvaise télévision." W.Allen

18 avril 2007

L'heure du choix

Essayons, pour une fois de positiver. De voir les bons côtés de cette campagne. J'en vois déjà un: Les trois principaux prétendants sont d'accord pour mettre en valeur le travail par rapport à l'assistance. Les libéraux et les sociaux-démocrates font en effet la même constatation. Par delà les classes sociales qui n'ont pas disparues, l'injustice la plus insupportable aujourd'hui est la différence de traitement entre d'un côté les gens qui travaillent dur pour un revenu modeste, sont exposées aux maladies professionnelles et plus généralement à des conditions de travail de plus en plus pénibles et doivent se battre pour maintenir vaille que vaille un pouvoir d'achat de plus en plus entamé et, de l'autre, les non-actifs qui bénéficient de revenus d'assistance et d'avantages qui sont liés à cette situation de quasi statut.
Cette anomalie a encore fait irruption pendant la campagne lorsque la région île de France a annoncé son projet de gratuité des transports en commun pour les RMIstes. Ce cadeau représente entre 52 et 142 euros par mois. Même s'il est fréquent que les employeurs prennent à leur charge une partie de cette somme cela reste une dépense importante pour un smicard. Surtout cette économie viendra s'ajouter à la longue liste de dispenses et d'exemptions qu'accorde la situation de chômeur ou de RMIste et rendra encore moins attrayante le retour à un emploi rémunéré au smic.
Parmi les non-actifs il faut distinguer entre les jeunes de moins de 25 ans qui n'ont droit à rien s'ils ne travaillent pas,et pas même au smic lorsqu'ils travaillent; et les plus de 55 ans qui entre les préretraites et les dispenses de recherche d'emploi sont de fait de plus en plus pris en charge par la collectivité.
En France, seulement 41% de la population adulte travaille. c'est un des taux les plus bas du monde qui ne s'explique pas seulement par les licenciements et les délocalisations, mais par une "préférence pour le chômage". Le coût du travail pèse trop sur les salaires. Comme on ne peut pas taxer des capitaux mobiles par définition. Il ne reste qu'à transférer une partie de cette charge sur la consommation. C'est l'intérêt de la TVA Sociale.
En face des trois candidats qui ont le plus de chances de l'emporter le 22 avril- si je mets de côté la droite extrême et l'extrême droite- un pack de candidats "anti-libéraux" dont les propositions économiques consistent à augmenter encore le poids de l'Etat dans l'économie et celui des prélèvements obligatoires. Or, en Europe, la France est le seul pays qui n'ait pas déjà réduit l'un et l'autre. Ils réclament toujours plus de "service public" sans jamais évoquer la question de son financement dans un pays ou l'Etat est aussi lourdement endetté et ou l'intégralité de l'impôt sur le revenu sert déjà à payer les intérêts de cette dette. En réalité, ils ne proposent rien d'autre que de continuer à vivre à crédit aux dépens des futures générations
La encore, avant de développer les services publics, la France doit s'occuper d'augmenter la production, c'est à dire le travail des Français. Les choses sont simples, Michel Camdessus, ancien patron du FMI les rappelle avec quelques chiffres indiscutables: En 25 ans, le PNB français par tête est passé de la 8ème à la 19ème place mondiale, un salarié américain travaille en moyenne 37% de plus durant sa vie qu'un Français. Malgré un excellent niveau de productivité, le travailleur français produit de moins en moins: En 1991, 83% de ce que produisait son collègue américain, 71% aujourd'hui. Qui peut dire que cette tendance n'est pas alarmante?
Ensuite, et ensuite seulement, on pourra débattre de la répartition de cette richesse nouvelle, comme l'a fait notamment Tony Blair qui a d'abord rétabli les conditions de la croissance britannique avant d'investir massivement dans les services publics.
Le grand défi des prochaines années sera donc de remettre chacun à sa place dans la société et de réserver les mécanismes de solidarités à ceux qui sont réellement inemployables, ou qui sont temporairement exclus du monde du travail, en supprimant les freins à l'embauche, les incitations à l'assistance.
Mais nous sommes sans doute au bout du tunnel, car le ou la nouvel(le) élu(e) aura sûrement à coeur de tenir sa promesse!

2 commentaires:

Anonyme a dit…

D’accord avec votre constat : en France il est souvent plus facile de vivre de l’assistanat plus de petits boulots au noir, plutôt que de se lever tôt chaque matin pour gagner au plus le smic. Mais je ne crois pas que ce déficit de travail en France soit exclusivement imputable à ce phénomène.
L’emploi de moins de 25 et surtout celui des plus de 50 ans est sacrifié. Les employeurs n’en veulent pas quelque soit l’expérience ou le salaire. Et bien souvent ces gens se retrouvent sans emplois et sans « assistance ».
Il n’y a qu’en « politique" où avoir la cinquantaine est synonyme de dynamisme et nouveauté.
patcash

Anonyme a dit…

Puissiez-voous être entendu !